Sur Instagram, j’ai partagé le travail de plusieurs collègues autour de l’écoute musicale. En effet, pour moi (et au vu du succès de la publication, je pense que c’est le cas de beaucoup !), enseigner la musique c’est assez compliqué : je ne suis pas musicienne ni chanteuse, alors c’est vraiment la cata quand il faut parler de rythme, de mélodie, chanter juste…
Je me suis beaucoup appuyée sur le travail des collègues ces dernières années pour tout de même faire ces heures que j’avais tendance à faire sauter (sauf en fin d’année quand il faut bien présenter quelque chose aux parents à la fête d’école). C’est entièrement grâce à leurs partages que j’ai pu faire plus avec mes élèves et aussi aller plus loin.
Dans mon post, je citais donc :
- Sylvie Hanot et ses fiches sur les musiques de films.
- La classe de Mallory et ses fiches par artiste
- Une bulle vole et Un tour en Ulis pour leurs musicogrammes
- Tablettes et Pirouettes pour ses jeux de rythme
- Mon travail sur l’apprentissage de la Marseillaise en LSF
Et je parlais également de fiches que j’avais créés par genre musical pour faire découvrir aux élèves leurs différentes caractéristiques. Je leur préparais à chaque fois un quizz pour essayer d’identifier le genre travaillé et à deux reprises au cours de l’année, un quizz pour identifier les genres déjà étudiés.
Ca a été un véritable succès auprès de mes élèves.
Comment je me suis organisée
A notre première séance de musique, je leur ai fait lister tous les genres musicaux qu’ils connaissaient (très peu) sans valider quoi que ce soit. Puis, je leur ai fait écouter 5 musiques différentes et ils devaient essayer de retrouver leur genre musical : évidemment, c’était catastrophique.
Je leur ai ensuite expliqué qu’à chaque période, nous allions découvrir un genre et essayer ensuite de l’identifier parmi d’autres musiques.
Première période : le jazz.
Nous avons commencé par écouter les chants des travailleurs noirs, les Work songs, puis le blues avant de découvrir le ragtime et notamment l’artiste Scott Joplin.
Ensuite, nous avons écouter quelques musiques du jazz pour comparer les deux univers : ils sont très similaires, avec beaucoup de piano mais surtout, la place de l’improvisation dans le jazz est très présente. Bien sûr, on écoute plusieurs artistes différents (Armstrong, Fitzgerald, Duke Ellington…) de la période mais aussi des artistes plus récents pour voir comment le style a évolué (Norah Jones, Amy Winehouse). Nous terminons la période par le quizz.
Deuxième période : le rock.
C’est important de commencer par le jazz car tous les genres musicaux sont issus de celui-là. Le rock en fait donc partie. On peut d’abord faire écouter le swing des années 1940 (notamment la musique de The Benny Goodman Orchestra – Sing Sing Sing (with a swing) : la période veut célébrer la vie, faire la fête, oublier la guerre. Le rythme s’accélère.
Puis, on bascule sur une musique avec plus de percussions et de guitare (comme la country) même si on retrouve toujours du piano ou des cuivres au début des années 1950 avec Elvis. Et puis, le genre évolue au fil des décennies avec l’émergence de nouveaux courants qui amplifient les percussions, les guitares électriques. Il est très intéressant de montrer l’évolution de rock à travers les années (et d’ailleurs, même par rapport à l’histoire : le rock psyché des années 1960 émergent avec l’envie d’oublier la guerre, de l’espoir de la paix tandis que le rock des années 1980 est plus violent, il se rebelle contre la société).
Troisième période : la pop.
Considérée comme un sous-genre du rock, la pop est surtout un genre populaire complètement autonome. C’est une musique qui se veut universelle et commerciale : elle plait à tout le monde parce qu’elle est entrainante.
Ce qui est intéressant de montrer, c’est que la pop se nourrit de tous les courants artistiques : du jazz, comme du disco, du rock, de la country, de l’électro… C’est encore plus flagrant après les années 1990 quand des artistes comme Mickael Jackson ou Madonna révolutionnent complètement le genre.
Le courant qui se voulait avant tout mercantile, devient une forme d’art. Les musiques sont accompagnées de vidéos de plus en plus travaillées et artistiques avec des formats longs (comme Thriller).
Quatrième période : le rap.
Souvent très prisé des élèves, il est intéressant de présenter le rap comme une évolution de la musique des années 1970 avec les blocks parties et le hip hop. C’est avant tout une musique populaire, non pas commerciale comme la pop, mais faite par les pauvres. D’ailleurs, c’était déjà le cas du jazz qui est issu des classes noirs américaines pauvres.
Le rap prend aussi sa source dans le disco, aussi improbable que cela puisse paraitre. Pendant les années 1980, le rap et la musique électronique sont très liées. C’est aussi le moment où le mouvement s’exporte au-delà de New-York et des États-Unis.
L’arrivée du hip hop est une véritable innovation musicale. C’est aussi un genre très politique : il y a un lien fort entre le rap et l’afrocentrisme et le militantisme. C’est pourquoi le rap émerge en France d’abord dans les banlieues défavorisées avec des textes forts et parfois violents. Ils sont l’exutoire de milliers de jeunes délaissés par les politiques publiques et souvent issus des minorités.
Cinquième période : l’électro.
L’electro est un dérivé du funk, lui-même influencé du jazz et du rock et qui donnera notamment naissance au R’n’B. Les synthétiseurs et les boites à rythmes que l’on retrouve dans le rock ou dans le rap prennent toute leur place dans cette musique entièrement électronique.
Ce qui est intéressant encore une fois, c’est de montrer comment un genre musical en influe un autre et peut donner naissance à un courant qui s’émancipe. Il n’y a pas de guerres entre les genres, les rappeurs ne sont pas moins bons que les rockeurs, la pop n’est pas un sous-genre. Au contraire, chaque genre nourrit les autres.
On peut noter aussi la force de la French Touch et la domination française dans les années 1990-2000 avec des artistes comme Daft Punk, Jean-Michel Jarre, Bob Sinclar, Martin Solveig, Brodinski ou encore Gesaffelstein.
La techno, la trance, ont souvent été des genres musicaux assimilés aux rave-parties sauvages et à la drogue. Cela met complètement de côté l’innovation musicale de ces artistes pendant des décennies et l’apport musical de ce genre dans l’industrie musicale.
Petit plus : le mélange des genres.
Toute l’année, on parle d’artistes souvent méconnus des élèves et donc ils peuvent se montrer parfois peu intéressés parfois. C’est alors intéressant de démontrer comment leurs artistes préférés s’inspirent des musiques jazz, disco ou à l’opposé de leur propre genre.
Par exemple, un artiste comme JUL (très plébiscité par mes élèves) a des influences musicales très variées : IAM mais aussi Michel Polnareff. On retrouve des sonorités issues du Raï, de la variété française, et même du punk.
Autre exemple, l’album Carter Cowboy de Beyonce, une artiste pop, qui retourne aux origines musicales de son genre musical : la country. C’est à la fois une démonstration musicale mais un choix politique très marqué : la country est aujourd’hui très écoutée dans les États très conservateurs (et très « blancs ») des USA alors qu’il est à l’origine un genre musical créé par les noirs-américains.
Si tout cela vous intéresse, voici les documents que j’ai créé pour parler de tout ça avec mes élèves.

Merci pour ce super post! J’enregistre ton document pour enrichir ce que je propose déjà à mes élèves.