Dans l’année, je fais bien plus que les 3 séances d’EVAR préconisées, et ce, depuis bien avant que les programmes ne « l’imposent » (en réalité, depuis 2003, il est demandé de faire ces 3 séances d’éducation à la sexualité par an). J’en parlais déjà sur ce blog en 2021 dans ce premier article Parler de violences sexuelles à ses élèves dans lequel je reviens sur le contexte général. Dans un second article, je vous partageais des ressources pour en parler en classe et dans un troisième, je partageais autour de la notion de consentement.
Cette année, j’ai effectué ces séances mais j’ai remarqué que mes élèves avaient d’autres questions qui ne relevaient pas vraiment ni de la prévention aux violences faites aux enfants, ni au consentement, mais à leur corps.
- Comment on fait les bébés ?
- Pourquoi les filles ont des seins et pas les garçons ?
- Comment s’appelle la partie intime des filles ?
- Pourquoi a-t-on des poils sur les parties intimes ?
Des questions qui montrent une réelle méconnaissance de leur corps et des changements qui vont inéluctablement avoir lieu dans quelques années pour eux.
De mon point de vue, ce que l’on appelle « la crise d’adolescence » pourrait tout à fait ne pas être une période difficile si les enfants y étaient préparés. Ce qui est compliqué à la puberté, c’est de ne pas comprendre ce qu’il se passe : pourquoi je ne suis pas bien ? pourquoi mes émotions sont sans dessus dessous ?
L’adolescence devient alors une période redoutée de la vie, par les adultes qui ont peur d’être en conflit constant avec leurs enfants et par les enfants, qui voient bien leurs parents être angoissés.
Là où les séances d’EVAR sont très importantes également, c’est dans la compréhension et la connaissance que l’on a de soi, de son corps et des autres. Plus je connais mon corps et les changements qu’il connaitra, plus je serai en confiance et moins stressé.
Mon fonctionnement
A la suite d’une séance ou d’une séquence d’EVAR sur le consentement ou la prévention des violences faites aux enfants par exemple, je propose à mes élèves d’écrire toutes leurs questions sur un papier et de le poser dans une boîte à questions. Ils ont un temps donné (plusieurs jours) pour remplir la boîte. Ils peuvent le faire de manière anonyme ou bien noter leur prénom.
Toutefois, je leur explique que s’ils peuvent poser toutes les questions qui leur passent par la tête, je me réserve le droit de ne pas y répondre si je considère que les réponses ne sont pas adaptées à leur âge. Par exemple, je ne réponds jamais aux questions qui concernent l’acte sexuel et ses pratiques. Je ne parle ni de plaisir, ni de désir ou tout ce qui a un rapport avec cela.
Du coup, de quoi on parle ? Et bien on parle du corps, des différentes fonctions des organes, des os, des muscles… On parle de la physiologie pour absolument tout.
Par exemple, si un élève demande à quoi servent les poumons, vous lui répondriez très factuellement : ils permettent de respirer. C’est la même chose pour la poitrine des femmes par exemple : les femmes ont des seins plus développés que les hommes car elles ont des glandes mammaires qui leur permettent de nourrir leur bébé. L’allaitement n’est aujourd’hui plus essentiel à la survie d’un bébé puisqu’une mère peut choisir ou non d’avoir recours à du lait artificiel.
A quoi sert le pénis ? les testicules ? la vulve ? Toutes ces questions ont une réponse simple axée sur la physiologie : les testicules permettent de fabriquer le sperme qui contient les spermatozoïdes ; la vulve est la partie externe de l’organe sexuel féminin où l’on retrouve l’urètre (qui permet d’uriner) et l’entrée du vagin.
Pour répondre aux questions des élèves, je prends le temps de réfléchir à la meilleure manière de leur répondre en ayant un discours adapté à leur âge. On ne s’adresse pas à un enfant de 3 ans de la même manière qu’à un enfant de 9 ans ou un adolescent. Ils n’auront d’ailleurs pas du tout les mêmes questions.
Si vous êtes confrontés à des questions que vous jugez inadaptées, notamment sur des pratiques sexuelles, vous pouvez prendre l’élève à part pour lui demander comment il a eu connaissance de ces termes, de ces gestes… On ne sait jamais ce qu’il a vu ou entendu.
Les documents à télécharger
Cette année donc, j’ai choisi de répondre à mes élèves à travers une séquence sur leur corps. Bien sûr, ils connaissaient déjà pas mal de choses mais un petit rappel ne fait jamais de mal.
On a commencé par parler du squelette puis des muscles, des organes pour enfin discuter des différences entre les hommes et les femmes et de l’adolescence. Bien sûr, j’apporte des précisions par rapport aux fiches qui restent très concises.
Par exemple, quand nous avons abordé les organes vitaux, nous avons longuement parlé de la peau et des poils car il s’agissait d’une question des élèves. Sur la fiche concernant l’adolescence, nous avons reparlé des poils en expliquant pourquoi ils poussaient ensuite sur les parties intimes (avec les hormones qui préparent le corps à passer au corps d’un adulte, des poils poussent pour protéger les parties intimes des bactéries et aider à réguler la température du corps). Tout comme nous avons abordé les érections des garçons (parce que le pénis est un muscle qui peut durcir, pas besoin d’aller plus loin ou d’expliquer pourquoi) et les menstruations chez les filles (pourquoi les femmes ont leurs règles : le corps évacue le nid douillet qu’il a préparé en vue d’une fécondation, si pas de fécondation alors on évacue le nid douillet avec du sang). D’ailleurs, chaque fois que je parle des règles, je prends bien le temps d’expliquer ce qu’il se passe à la fois à mes élèves filles mais aussi (et peut-être même plus) à mes élèves garçons. On explique bien que c’est tout à fait normal, que le sang ce n’est pas sale (on l’a bien vu avant avec les vaisseaux sanguins, il permet de vivre !) et je parle aussi des protections hygiéniques. A ce moment là, je glisse l’idée que des garçons peuvent très bien avoir des protections hygiéniques dans leur cartable pour dépanner des copines et ils pourraient ainsi les rassurer en leur expliquant ce qu’il se passe dans leur corps.
J’espère que cert article vous aura donné envie de vous lancer, n’hésitez pas à poser toutes vos questions en commentaire.

merci beaucoup pour cet article !